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L'Émeraude





Fiche Gemmologique


fameuse légende

La plus fameuse légende est celle de l'Eldorado et vient de Colombie. Ce nom était donné au chef indien qui, une fois par an, recouvrait son corps de poudre d'or sur un enduit de miel. Il était ensuite conduit sur un radeau au centre du lac volcanique de Guatavita, à soixante-dix kilomètres au nord de Bogota. Les rameurs détournaient leur regard de l'"Eldorado", car personne ne devait le voir dans sa gloire magnifique. Aux premières lueurs du jour, l'"Eldorado" plongeait dans le lac, débarrassant son corps de l'or, en offrande aux Dieux. Au même moment, sur les rives, son peuple jetait des offrandes dans le lac, proportionnellement au rang tenu dans la société. Les riches jetaient ainsi des émeraudes et des objets en or.



Les mines
Les émeraudes de Colombie représentent environ 50 % de la production mondiale et 80 % des émeraudes de qualité supérieure. Les gisements sont situés dans la Cordillère des Andes Orientales, dans le département du Boyaca. Ils se divisent en deux zones principales : la zone de Réserve Nationale de Muzo, Coscuez et Pena Blanca, à 120 km au nord de Bogota, sur le versant occidental de la Cordillère en direction de la vallée du Magdalena, et la zone de Chivor, Somondoco et Gachala, à 100 km au nord-est de Bogota sur le versant est de la Cordillère en direction des grandes plaines pétrolières des "llanos".
l'émeraude cristallise sous des conditions très distinctes suivant les gisements dans lesquels on l'exploite, en Colombie, au Brésil ou au Pakistan par exemple. Ces différences d'environnements géologiques produisent pourtant des cristaux d'émeraude en apparence identiques.

l'Émeraude, Béryl vert


Du brut au poli

Le brut
La dureté relativement faible du Béryl Émeraude explique que tous les bruts sont extraits dans leur site de cristallisation à la différence des corindons dont une grande partie, pour ne pas dire l'essentiel, est constituée de bruts déplacés, récupérés dans des alluvions, parfois très loin du gîte primaire.
Les bruts sont presque systématiquement huilés pour être triés et présentés à la vente. Cette huile doit être éliminée avant les opérations de taille.
Le nettoyage peut être plus ou moins important selon les mines. Il peut même être effectué avec une solution acide.


La couleur
La couleur n'est pas uniformément répartie dans la plupart des pierres de couleur. Il faut donc la "placer". Cette première opération est capitale, l'aspect futur de la pierre en dépend. Elle repose entièrement sur l'habileté du "préparateur".
Ce qui compte avant tout, dans une émeraude, c'est sa couleur. On parle de couleur saturée lorsqu'une émeraude est si riche en chrome qu'elle paraît être au maximum de son vert. Trop chargée en couleur, elle s'assombrit et joue "noir".
On note une différence de couleur selon que l'on observe une émeraude dans son axe de croissance ou perpendiculairement à celui-ci. . Dans l'axe, une émeraude apparaît vert jaune. Perpendiculairement, elle apparaît vert bleu. Lors de la préparation, le lapidaire devra faire un choix parfois bien délicat pour trouver le meilleur rendement global : couleur, dimensions, propreté.
Enfin, la couleur n'est pas toujours homogène. Il est fréquent de constater des trous de couleur dans une émeraude et aussi une répartition de la couleur qui suit les contours de l'hexagone, le centre du cristal étant presque blanc.



La pureté
Une émeraude pure est extrêmement rare, sa matière est fréquemment troublée par de fines inclusions sans ordre auxquelles on donne le nom de "jardin". En trop grand nombre, elles nuisent à la transparence de la pierre et à sa vivacité . Certains cabochons, taillés de forme demi-ballonée, sont taillés dans de très belles matières et des facettes dans de très mauvaises, mais lors du classement des bruts, on aura tendance à retenir les qualités "facettes", "cabochons". Cette présence fréquente de givres ou d'inclusions va rendre l'émeraude parfois fragile et presque poreuse.
La position de la table de l'émeraude dépendra de la recherche de la meilleure couleur, mais elle pourra être déplacée pour éviter que les givres apparaissent de façon trop importante. Souvent, les défauts se retrouveront sur le pourtour de la pierre.


La mise en forme

Il s'agira de scier le brut et de déterminer la forme définitive de la pierre : octogone, ovale, poire, etc. Il y a un risque au sciage inversement proportionnel à la qualité de la gemme. Il faut donc utiliser des scies endiamantées excessivement fines et très bien équilibrées.


Bague "V", Modèle unique
La taille
Une émeraude perd entre les deux-tiers et les trois-quarts de son poids à la taille. Les pierres sont d'abord mises en forme (ou mises en couleur) par le chef de taille, en accord avec le propriétaire de la marchandise. L'opération consiste à centrer la couleur de l'émeraude dans la culasse et à lui donner la forme optimale par rapport à ses défauts et à l'emplacement de la couleur. On polit ensuite les tables afin de déterminer où se trouvent les défauts et corriger, s'il y a lieu, l'orientation de la pierre. Les pierres sont ensuite placées à l'aide de cire chaude au bout d'un bâtonnet. Le lapidaire procédera ensuite au facetage des culasses et des tables avant de leur donner leur poli final.

La forme hexagonale, très fréquente, du brut a inspiré la taille dite "Taille Émeraude". En effet, en sciant le brut par le milieu, on obtient deux parties dont les dimensions sont très proches de la forme définitive mais on se souvient que dans ce cas, la couleur finale pourra être vert bleuté. On aura donc un minimum de perte de poids mais une couleur moins appréciée que le vert jaune.
Les connaisseurs préfèreront une petite pierre de très belle qualité à une pierre qui fait impression par sa masse mais qui est de qualité médiocre .
Le lapidaire pourra également modifier la teinte d'une pierre en jouant sur les facettes. Une pierre trop foncée s'éclaircit si l'on taille une grande table. Inversement, une pierre devient plus foncée si elle a une petite table et de nombreuses facettes. On peut dire qu'à apparence égale une "taille émeraude" sera plus chère qu'une ovale.


Le poli
La pierre est ensuite polie et le choix des abrasifs sera très important. L'émeraude facettée se polit sur une meule en étain, recouverte d'une poudre d'alumine ou d'une poudre de diamant très fine, parfois même d'oxyde de chrome. Les cabochons seront le plus souvent polis sur une roue de feutre avec de la poudre d'alumine. Le polissage doit restituer son brillant à la pierre ternie par les grains de diamant qui ont servi à la tailler. Il est reconnu que le polissage est beaucoup plus délicat que la taille. Cela provient à nouveau de la matière des émeraudes et notamment de la présence de givres qui affleurent en surface et vont permettre à l'huile de polissage, noircie par l'usure du diamant et de l'étain, de pénétrer dans la pierre. Ces traces noirâtres dans les givres seront difficiles à nettoyer même dans l'acide.
Enfin, après la taille et le polissage, un dernier bain d'huile sera nécessaire. En effet, l'échauffement important de la pierre, pendant les opérations d'encimentage et de nettoyage à l'alcool après décimentage, ont pu faire apparaître des reflets blancs à l'endroit des givres naturels. Ils seront atténués par l'effet de l'huile remettant en contact les deux faces du givre. L'huile ou certaines formes de résines très fluides, qui seront alors utilisées, doivent bien sûr être incolores. Chaque lapidaire a généralement son huile, sa façon de baigner l'émeraude et nous entrons là dans le domaine des secrets de l'atelier.


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